En Bolivie : la mine de Potosi

Potosi est la ville de plus de 100000 habitants la plus haute du monde (4090m d’altitude) et on le sent en arrivant ! Dominée par le Cerro Rico, la « montagne riche » dans laquelle se trouve la mine, elle s’étend sur une colline et offre de jolies rues pavées et façades, empreintes de son histoire. En effet, Potosi a été au 17ème siècle la ville la plus peuplée du monde (devant Paris, Londres, Séville…) et disposait d’énormes richesses grâce à sa mine, dont vient l’expression « C’est le Pérou ! » : le gisement le plus fabuleux de tous les temps appartenait en effet à la vide royauté du Pérou a l’époque coloniale. Mais, Potosi est aujourd’hui plutôt une triste empreinte du pillage colonial, l’exploitation de la mine ayant été gérée par les espagnols pour lesquels les boliviens devaient y travailler 6 mois par an sans rien gagner en échange. Toutes les richesses partaient alors vers l’Espagne… Des millions de mineurs en sont morts, mais la mine est encore exploitée : on estime à 6000 le nombre de personnes qui y travaillent encore, regroupés en coopératives de mineurs. Les mineurs ont une espérance de vie plus faible que le reste de la population, mais comme leurs salaire est bien supérieur à celui des autres boliviens, des gens continuent d’y travailler. La mine a tellement été exploitée qu’aujourd’hui le coût d’extraction est supérieur au cours des minéraux, notamment de l’étain, l’activité de la mine est donc en plein déclin.

Il est aujourd’hui possible de visiter ces mines, et d’y rencontrer des mineurs. Nous avions lu beaucoup de choses avant d’y aller, beaucoup de critiques notamment sur le côté « voyeurisme » de la chose, sur l’exploitation de la misère pour en faire du tourisme… Nous nous étions donc renseignées sur les différentes possibilités s’offrant à nous, car en effet certains tours présentent la chose comme une activité touristique banales alors que d’autres, notamment celle que nous avions choisie (Big Deal Tours), sont gérées par des anciens mineurs et organisent la visite de manière assez éducative, dans le respect des mineurs et de leurs conditions de travail, tout en leur versant de l’argent qui sert à financer « l’arbre de Noël » des mineurs durant lequel sont distribués des vivres aux familles des mineurs de la coopérative.

Avec Wilson notre guide
Nous partons donc en début d’après midi avec Wilson, ancien mineur qui a travaillé 25 ans dans cette mine avant de devenir guide. Quand on lui dit qu’on est françaises, il est trop content et nous lâche un « C’est de la bombe bébé ! » puis un « C’est parti mon kiki » – on n’est clairement pas les premiers français à passer ici ! On nous équipe alors de bottes en caoutchouc, pantalon et veste de protection, ainsi que d’un casque armé d’une lampe. Wilson nous explique alors le fonctionnement des coopératives, pour lesquelles il faut d’abord travailler sans en faire partie afin de montrer son efficacité et sa capacité à travailler en groupe sans provoquer de problèmes, puis les membres de la coopérative se réunissent afin de décider de l’intégration (ou non) du mineur a la coopérative. Le cas échéant, il doit s’acquitter d’environ 3-4 mois de salaire (variable selon les coopératives) pour en faire partie. Salaire qui d’ailleurs est très variable, Wilson nous l’a dit et redit, ce dont un mineur à le plus besoin c’est de la chance car il n’est pas payé au nombre d’heures travaillées, mais à la qualité et à la quantité de ce qu’il extrait : des laboratoires chimiques analysent les extraction pour déterminer la quantité de minéraux présente. Les mineurs doivent par ailleurs s’acheter eux mêmes leur matériel (vêtements de protection, dynamite, chariots, brouettes…).

Feuilles de coca et alcalinisants
Nous commençons par un arrêt au marché des mineurs afin d’acheter des « cadeaux » pour les mineurs : Wilson nous recommande d’acheter des feuilles de coca avec du soda (les seuls aliments/boissons ingérés par les mineurs pendant leur travail) et/ou de la dynamite. Il en profite pour nous expliquer comment est consommée la coca : sur la photo ci-dessous, on voit un bol de feuilles de coca ainsi que plusieurs petites pierres ressemblant à de la craie. Ce sont des alcalinisants permettant d’accélérer l’action des feuilles de coca. On place une par une dans la joue cinquante de ces feuilles de coca, sans les mâcher : la salive servira à activer les feuilles et à libérer les alcaloïdes notamment. Ceci sert aussi de repère aux mineurs, qui n’ont pas de montre : une cinquantaine de feuilles de coca dure environ 4 heures : cela lui permet de savoir quel moment de la journée il est.

Nous partons alors en direction de la mine, Wilson nous dit de ne surtout rien toucher car il y a beaucoup de produits toxiques, et que si jamais nous touchions quelque chose, surtout ne pas se mettre les doigts dans la bouche ou dans les yeux… On suit les rails des wagonnets, on patauge dans des flaques de composition inconnue, on se penche pour passer dans les tunnels, des câbles passent au dessus de nos têtes, l’air devient chaud on sent la poussière remplir nos poumons, bientôt cela devient irrespirables et on a vraiment très chaud… Nous rencontrons un premier mineur, cela fait environ 7-8 heures qu’il est la aujourd’hui, Wilson nous le présente puis nous lui donnons quelques uns des cadeaux achetés plus tôt au marché. On a bien conscience que cela ne change pas leur vie, mais si cela peut changer au moins une journée… On réalise à quel point les conditions de travail sont inhumaines, mais aussi grâce aux informations de Wilson on comprend que cela reste nécessaire pour grand nombre de familles à Potosi, tant leurs revenus en sont dépendants. En avançant un peu plus loin dans la mine nous rencontrons d’autres mineurs, qui travaillent en groupe (ce qui est très fréquent). Nous sommes avec un couple de danois et un couple de suédois, les deux mecs mesurent environ 2m et chaussent du 46, les mineurs sont fascinés (ici les hommes mesurent plutôt entre 1,60 et 1,70m !) et leurs font quelques blagues… Ils nous racontent alors un peu leur travail, leur famille, depuis combien de temps ils travaillent ici… On leur donne les cadeaux qu’il nous reste puis les laissons retourner à leur travail pour ne pas abuser de leur temps. 

Nous retournons alors sur nos pas et retrouvons « El Tio » : cette divinité est le dieu des mineurs, c’est le mari de la Pacha Mama (la divinité des montagnes, la plus importante ici dans les Andes). Les espagnols durant la colonisation le présentent aux mineurs comme le diable, celui qui va les punir s’ils ne travaillent pas bien, ils l’appellent « Dio » (dieu en espagnol) mais comme le son « D » n’existe pas dans la langue quechua, avec le temps cela se transforme en « T » et devient « Tio ». On trouve dans la mine plusieurs « Tio », comme sur la photo ci dessous. Une fois par mois environ les mineurs viennent voir le Tio et lui faire des offrandes (feuilles de coca, alcool à 96 degrés, charrettes…) pour lui demander de les aider dans leur travail. En particulier, l’offrande d’alcool pur (ils en versent quelques gouttes sur le Tio, en boivent deux gorgées puis laissent la petite bouteille) sert à demander de trouver des minéraux aussi purs que cet alcool. Car comme nous l’a dit et répété Wilson, ce dont ont besoin les mineurs c’est avant tout de la chance… 

El Tío
Nous sortons alors de la mine, épuisés autant physiquement que moralement par ce que nous venons de vivre. En sortant de la mine, nous avons une très belle vue sur la ville mais surtout nous sommes entourés de déchets, une autre image de Potosi…

Wilson nous emmenée alors à l’usine de traitement des minéraux, ici encore les conditions de travail sont très dures, tout est très toxique et paraît tellement vétuste… Et malheureusement pour la Bolivie, elle ne possède les infrastructures que pour les premières étapes du processus, soit la séparation minéraux/déchets. Ensuite, tout part au Chili, afin de séparer et de purifier les minéraux… Donc quand la Bolivie veut racheter ces minéraux, elle doit payer le prix fort alors même qu’elle en est à l’origine. Beaucoup de débats ont lieu sur ce sujet, ici à Potosi les mineurs ne comprennent pas que le gouvernement d’Evo Morales ne cherche pas à résoudre ce problème.

Usine de traitement-tri

L’après midi s’achève alors, nous quittons Wilson et le remercions pour nous avoir fait découvrir la mine de Potosi, son histoire et son actualité, tout est encore très frais dans nos têtes on ne réalise pas vraiment ce que l’on vient de voir/vivre. Avec un peu de recul maintenant, on comprend les critiques qui sont faites à l’égard de ce tour mais j’imagine que tout dépend dans quelles conditions cela est fait, nous sommes pour notre part tombées sur une agence vraiment sérieuse et respectueuse et si c’était à refaire, nous le referions.